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FEMMES, ENFANTS ET PAUVRETÉ
Lutter contre la pauvreté: état des lieux et enjeux pour l'avenir
Les moyens financiers nécessaires pour combattre les fléaux de la pauvreté sont à notre portée.
Exemples1:
  • Le coût d'une moustiquaire (traitée à l'insecticide) permettant de prévenir la malaria se monte à 3 dollars (toutes les 30 secondes, un enfant africain meurt de malaria).
  • 5 dollars (en moyenne) permettent d'assurer un suivi de qualité à une femme enceinte durant sa grossesse.
  • 10 dollars permettent à 5 couples de se protéger durant 1 année contre le VIH/SIDA et les grossesses non désirées (préservatifs).

La pauvreté nous concerne tous puisqu'elle n'affecte pas seulement ceux et celles qui en sont les victimes directes mais engendre également de multiples formes de violence, d'insécurité et de dégradation de l'environnement sur le plan mondial. Vaincre la pauvreté, en particulier la pauvreté extrême sévissant dans les pays à bas revenu, est dès lors un objectif global, universel, qui exige un engagement à long terme de la part de tous les acteurs du développement, riches et pauvres, et dont la réussite prend racine dans l'action individuelle de chacun.

  • Plus d'un milliard de personnes dans le monde vivent avec moins d'un dollar par jour; 2,7 milliards luttent pour survivre avec moins de deux dollars par jour; au total, 53% de la population mondiale vit en dessous du seuil de pauvreté.
  • 70% des personnes vivant dans l'extrême pauvreté (avec moins d'un dollar par jour) sont des femmes.
  • Les 500 individus les plus riches de la planète ont un revenu équivalent à celui des 416 millions de personnes les plus pauvres.
  • Chaque année, 11 millions d'enfants meurent – la plupart avant l'âge de cinq ans – en raison d'affections parfaitement évitables (malnutrition, diarrhée, paludisme, pneumonie).
  • Chaque minute, une femme meurt des suites de sa grossesse ou de son accouchement; cela représente environ 530'000 décès par an, dont 99% dans les pays en développement.
  • Environ 115 millions d'enfants ne vont pas à l'école – et deux tiers (584 millions) des analphabètes dans le monde sont des femmes.

Selon les estimations des Nations Unites, la totalité de la croissance démographique mondiale durant les 30 prochaines années se fera dans les régions urbaines des pays à bas et moyen revenu, ce qui signifie qu'un nombre croissant de pauvres seront des citadins. Pour la première fois dans l'histoire de l'être humain, la population mondiale urbaine franchira la barre du 50% en 2007; 60% des habitants de la planète seront établis dans des villes en 2030. Mumbai (Bombay) et New Delhi, en Inde, seront respectivement les 2ième et 3ième agglomérations les plus peuplées de la planète dès 2015 (la 1ère étant Tokyo). La nation indienne comptera un demi milliard d'habitants supplémentaires en 2050 et sera probablement le pays le plus peuplé au monde vers 2040.

Plus de 900 millions de personnes, environ 1 personne sur 6, vivent aujourd'hui déjà dans des bidonvilles; ce chiffre pourrait doubler d'ici 2030 et tripler d'ici 2050; si la tendance actuelle perdure, 3 milliards de personnes vivront dans des bidonvilles vers le milieu de ce siècle.

Lors de l'Assemblée du Millénaire de l'Organisation des Nations Unies en septembre 2000, 189 états se sont engagés à réaliser 8 objectifs, appelés Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), d'ici 2015.
Chacun de ces objectifs comporte un certain nombre de cibles et d'indicateurs précis. Ainsi, l'objectif n° 7 stipule entre autres l'amélioration sensible de la vie d'au moins 100 millions d'habitants des bidonvilles d'ici l'année 2020.
A ce jour, les moyens mis à disposition par les pays riches sont malheureusement loin d'être suffisants pour assurer la réalisation des objectifs ci-dessus.

Les spécialistes s'accordent à dire que les conditions de vie dans les bidonvilles représentent un concentré de la quasi-totalité des problèmes évoqués dans la liste des Objectifs du Millénaire. Au vu de l'urbanisation croissante dans les pays en développement, la lutte contre la pauvreté dans les bidonvilles revêt donc une importance décisive dans le cadre de l'accomplissement de ces objectifs.

Partout dans le monde, les filles et les femmes sont les premières touchées par la pauvreté. Malgré leurs nombreuses et lourdes responsabilités familiales et communautaires, elles sont très souvent privées des droits sociaux et économiques les plus élémentaires, tels que l'accès à la santé, à l'éducation, à l'emploi et à la propriété.
De l'avis unanime des experts en matière de réduction de la pauvreté, tout comme du professeur Jeffrey D. Sachs2, économiste de renommée internationale, l'un des moteurs principaux permettant de réduire la pauvreté et d'assurer la croissance économique est le renforcement du statut des femmes.

Les vecteurs conduisant au renforcement du statut des femmes sont multiples et interdépendants; parmi ceux-ci figurent notamment l'accès aux soins de santé primaire et reproductive, le planning familial, l'éducation, la formation, les activités génératrices de revenus, l'égalité des genres et le respect des droits fondamentaux de la femme.
Parallèlement, l'amélioration du statut des femmes engendre des bénéfices directs pour leur famille et la société dans son ensemble. Exemples:

  • Les enfants d'une femme ayant fréquenté l'école primaire durant 5 ans ont un taux de survie de 40% plus élevé et que ceux des femmes n'ayant reçu aucune éducation.
  • Les mères ayant été scolarisées font vacciner leurs enfants 50% plus souvent que les mères sans éducation scolaire.
  • En comparaison des hommes, les femmes investissent une proportion plus élevée de leur revenu pour leur famille, en particulier pour leurs enfants.
  • Dans l'Etat indien du Kerala – où le taux d'alphabétisation des femmes est très élevé – on a observé un net recul de la croissance démographique.
  • Le SIDA se propage deux fois plus vite parmi les jeunes filles non scolarisées que parmi celles qui ont bénéficié d'une éducation scolaire de base.
S'il est important de cibler les femmes sur le plan de la lutte contre la pauvreté, il est également impératif de reconnaître les populations concernées en tant qu'agents actifs et acteurs clés du processus de développement et non pas comme de simples bénéficiaires passifs.

La réalisation des OMD passe inévitablement par la collaboration entre différents acteurs du développement. Ceux-ci comprennent non seulement les organisations étatiques et multilatérales, mais aussi les organisations de la société civile et de l'économie privée. En effet, outre l'aide publique au développement, les ressources privées jouent un rôle crucial pour les pays en développement. Ces ressources incluent notamment les investissements directs étrangers, les transferts de fonds des migrants vers leurs pays d'origine et les dons versés aux œuvres d'entraide.
Lorsqu'il s'agit de travailler avec des partenaires locaux, les organisations de la société civile se révèlent particulièrement efficaces pour promouvoir l'autonomie des personnes et des initiatives propices à la réalisation des OMD. Les dons privés occupent une large place dans la coopération au développement et il s'avère impératif de collaborer avec le secteur privé et la société civile pour améliorer les conditions de la récolte de fonds.

Les experts du Projet Objectifs du Millénaire de l'ONU chargés de formuler des stratégies pour l'amélioration des conditions de vie dans les bidonvilles mettent l'accent sur l'importance de l'engagement de la société civile et de la promotion des stratégies locales, calquées sur les besoins ainsi que les principes culturels, éthiques et opérationnels des populations cibles. De telles stratégies, issues du contexte local, solidement ancrées dans la réalité des faits et intégrant la participation active des bénéficiaires et réseaux indigènes, sont susceptibles d'être développées à grande échelle et représentent un moyen efficace et durable pour lutter contre la pauvreté au niveau régional, national et international, ainsi qu'une base solide pouvant servir à l'élaboration des documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) dans les pays à faible revenu3.

Le rapport intitulé "Investir dans le développement – Plan pratique pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement", remis au Secrétaire général de l'ONU par Jeffrey D. Sachs en janvier 2005, confirme entre autres l'importance du rôle de la société civile dans le cadre des initiatives en faveur de la réduction de la pauvreté: "Les OSC [organisations de la société civile] ont […] un rôle capital à jouer dans l'expansion des services propres à assurer la réalisation des OMD. Outre le rôle important qu'elles jouent dans l'expression des besoins des populations pauvres, le Projet du Millénaire recommande vivement qu'elles participent à la conception, à la mise en œuvre et à l'examen des stratégies de réduction de la pauvreté reposant sur les OMD dans tous les pays en développement."
Quant au rôle du secteur privé, le même rapport stipule: "Les entreprises […] peuvent aussi, de même que leurs dirigeants, soutenir les OMD de manière globale, en participant à l'élaboration de politiques reposant sur les OMD, en promouvant ceux-ci publiquement et en pratiquant divers modèles de philanthropie."

Ouvrages de référence:

Un nouveau modèle économique: développement, justice, liberté
Amartya Sen
(prix Nobel d'économie 1998), 1999

   

The End of Poverty
Jeffrey D. Sachs
, 2005


1 Chiffres tirés de: UNFPA Global Population Policy Update, mai 2004

2 Conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU sur les OMD et directeur du Projet Objectifs du Millénaire (organe consultatif indépendant créé en 2002 par le Secrétaire général de l'ONU pour proposer les meilleures stratégies permettant de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement).

3 Les documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) sont établis par les gouvernements des pays à faible revenu selon un processus participatif dans lequel s'impliquent à la fois les parties prenantes au niveau national et les partenaires extérieurs du développement, dont le FMI et la Banque Mondiale. Le DSRP décrit les politiques et les programmes macroéconomiques, structurels et sociaux qu'un pays mettra en œuvre pendant plusieurs années pour promouvoir la croissance et réduire la pauvreté; il expose aussi les besoins en financement extérieur et les sources de financement connexes. Le dispositif des DSRP, mis en place en septembre 1999 par le FMI et la Banque Mondiale, est concrétisé par des stratégies générales de réduction de la pauvreté pilotées par les pays. Ces stratégies assurent un lien essentiel entre les actions des autorités nationales, les concours des bailleurs de fonds et les résultats requis pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.

 

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